La première réunion de la commission Kaspar s’est tenue le 17 avril 2012.
Après le discours de bienvenue du président Kaspar, les membres de la commission ont été invités à se présenter et à indiquer leurs attentes par rapport à la commission, de même que la
contribution qu’ils pourraient apporter à la réflexion.
Au cours de cette réunion, chaque directeur de métier a tenu à rappeler l’intérêt d’une telle commission et sa satisfaction à y participer.
Le délégué général a rappelé que La Poste avait réagi immédiatement aux suicides qui avaient eu lieu en convoquant les syndicats et en prenant 10 mesures. À ce stade, on ne sait toujours pas
comment elles sont déclinées sur le terrain.
Concernant le travail de la commission, il a indiqué que LP entendait transcrire dans l’entreprise les propositions qui seront faites.
Le directeur du courrier a rappelé qu’il avait le devoir de transformer l’entreprise et de l’adapter aux évolutions conjoncturelles ; à défaut, l’entreprise courrait un risque.
Néanmoins, il s’est dit d’accord pour « remettre en cause » certaines pratiques, notamment en mettant en œuvre les préconisations de la commission.
Le directeur de l’enseigne a mis l’accent sur le fait que l’entreprise devait poursuivre sa transformation et qu’elle avait besoin, pour ce faire, d’un personnel motivé, heureux d’accomplir ses
tâches…
Le directeur de la Banque Postale considère que l’installation de la commission est une chance. Il voit en elle une opportunité d’écoute et de conduite efficaces du changement dans les meilleures
conditions humaines possibles.
Calendrier des travaux
À l’issue de ce tour de table, auquel ont également participé les syndicats et les personnes qualifiées, le calendrier des travaux de la commission a fait l’objet d’une discussion. Les dates des
prochaines réunions sont les suivantes :
- 14 mai 2012
- 29 mai 2012
- 12 juin 2012
- 26 juin 2012
- 3 juillet 2012
Modalités de fonctionnement
Les modalités de fonctionnement de la commission sont les suivantes :
- Diagnostic. La Poste s’est engagée de produire devant la commission les conclusions des nombreux audits réalisés jusque-là sur la santé dans l’entreprise et le dialogue social, notamment le
dernier rapport du contrôle général…
- Discussion et échanges contradictoires,
- Propositions qui déboucheront, selon les engagements pris par La Poste, sur l’ouverture de négociations avec les syndicats quant à leurs modalités d’application.
Au cours de ces différentes étapes, des auditions voire des groupes de travail pourront être mis en place. Les syndicats pourront proposer des personnes à auditionner. Des audits complémentaires
pourront être également diligentés à la demande de la commission.
S’agissant de la deuxième étape : d’ores et déjà, un certain nombre de chantiers et de thèmes ont été identifiés :
- entreprise et travail : nouvelles donnes ; autrement dit, les mutations qui « requestionnent » le travail ;
- les nouvelles attentes des salariés ;
- gouvernance des entreprises, régulation sociale et dialogue social ;
- conditions de travail, RPS et gestion des suicides ;
- gestion du changement, du management. Comment créer des liens et de la proximité au sein des entreprises.
La première audition : le président Bailly
Le président est intervenu sur le thème de la présentation de La Poste et de sa stratégie.
Les idées forces à retenir de cette intervention :
- La Poste est un « modèle réduit » de la France ; à ce titre, elle reproduit naturellement les problématiques que rencontre la société française.
- La Poste est une entreprise qui n’est pas comme les autres : différentes compétences requises par la diversité des métiers, différents statuts (fonctionnaire et salarié), des établissements
de taille différenciée (de 1 personne à plus de 1 000), diversité géographique et culturelle (zone rurale, zone de montagnes, DOM…), diversité des conventions collectives… Par ailleurs, La Poste
est un groupe présent à l’international (15 % de son chiffre d’affaires).
- La Poste travaille dans un environnement concurrentiel : 85 % des ressources de La Poste proviennent des acteurs économiques (entreprises). Cet environnement concurrentiel est à la fois une
menace et une chance. Une menace : diminution du volume du courrier (1 % de baisse se traduit par une diminution de 100 millions d'euros de résultat pour La Poste), diminution de la demande
exprimée aux guichets (- 10 % entre 2007et 2011). Une opportunité : dynamique de réinvention, d’innovation et de remise en cause permanente...
Partant de ce constat, le président a indiqué que les choix qu’il a privilégiés ont été les suivants :
- nécessité de faire une forte productivité ;
- s’appuyer sur le savoir-faire des postiers en réorientant éventuellement leurs compétences. Il a indique que ce modèle social avait un coût ;
- « métiériser » les activités pour mieux prendre en compte la « diversité » de l’entreprise et pour faciliter son fonctionnement du fait du poids de chaque branche d’activité (par référence au
CA, le courrier est la 40ème entreprise de France, la BP la 59ème, le colis et l’express, la 60ème, l’enseigne, la 63ème et La Poste, avec 21 milliards de CA, est la 26ème entreprise française).
Pour le président Bailly, s’adapter est une nécessité vitale pour La Poste. En 2011, LP a dégagé un résultat de 670 millions d'euros ; si La Poste avait maintenu ses coûts au niveau de 2002, le
résultat accuserait un déficit de 1,5 milliard;
- s’agissant du mal-être des postiers, le président a indiqué que La Poste n’était pas plus « touchée » qu’une autre entreprise. Pour cela, il s’est appuyé sur un certain nombre d’indicateurs
qui avaient tendance à attester que les postiers avaient une opinion plutôt positive sur l’entreprise et sur leur travail (référence : questionnaires « de vous à nous » du courrier…).
Le mal-être au travail pourrait s’expliquer par des difficultés managériales, des échecs professionnels et personnels se combinant avec des problèmes de santé et de fragilité personnelles. Par
ailleurs, la population vieillissante de La Poste (le modèle social choisi par La Poste excluant un renouvellement brutal de la population) serait une cause de l’augmentation de l’absentéisme.
Et de renvoyer la problématique de la santé à La Poste d’une part à une problématique plus large, de nature sociétale, avec l’incapacité de la population de s’adapter de manière générale aux
changements, d’autre part, à la faiblesse des corps intermédiaires dans notre société, qui aurait pour conséquence d’accroître le niveau d’exigences vis-à-vis des entreprises.
Communiqué de la fédération SUD PTT
Depuis le début des négociations, La Poste fait la sourde oreille sur le gel des réorganisations jusqu’en septembre. Exigence qui était, pour l’ensemble des organisations syndicales, un
préalable à tout début de négociation.
Lors d’une nouvelle réunion ce 12 avril, la direction a convenu d’une prolongation de la pause dans les réorganisations au-delà du 30 avril, mais sans en préciser la durée. De surcroît,
La Poste voulait aujourd’hui entamer une négociation sur les méthodes de conduite du changement, autrement dit la manière de réorganiser les services. En quelque sorte, une petite
provocation qui tente d’associer les organisations syndicales aux réorganisations qu’elles dénoncent pourtant.
En refusant de s’engager de manière ferme sur le gel des réorganisations jusqu’en septembre (date du rendu du rapport de la commission Kaspar), La Poste nous démontre à quel
point elle méprise son personnel et leurs représentants. En effet, Jean-Paul Bailly avait déjà annoncé une première pause jusqu’au 30 avril. Pourtant, sur le terrain, des managers continuent à
déployer les restructurations, anxiogènes et génératrices de souffrance au travail, sans être aucunement stoppés par la direction générale !
Le direction a également fourni 10 propositions pitoyables, pitoyables parce qu’une sur deux ne sont que la reprise de mesures existantes dans les textes ou accords dans l’entreprise. Et bien sûr
sans prendre le temps nécessaire d’entendre les propositions des syndicats.
SUD, CGT et CFDT, représentant 70% des voix aux dernières élections, ont donc décidé de quitter la réunion devant un tel déni du dialogue social. SUD regrette que les autres OS (FO, CGC, CFTC et
UNSA) aient fait un autre choix. Il est à craindre que la direction l’utilise pour continuer cette mascarade de dialogue social, alors que les postier-es continuent à souffrir dans les services.
La crédibilité de la direction est en jeu ! Elle préfère discuter en petit comité plutôt que de prendre ses responsabilités d’employeur.
SUD PTT met solennellement en garde la direction. Nous ne sommes pas venus jouer au poker, il s’agit des conditions de travail de dizaines de milliers de personnes, dégradées par une stratégie
brutale et inadaptée. A vouloir s’entêter dans des considérations purement idéologiques, les patrons perdent complètement pied avec la réalité. Il est grand temps d’entamer enfin ce fameux
« Grand dialogue » et d’écouter les organisations syndicales majoritaires, premiers relais des attentes des personnels.
La fédération SUD PTT refuse de se prêter à une parodie de dialogue qui consiste à ne discuter que des propositions de la direction.